Sur les routes, du Nord Est au Sud Ouest, je tente de comprendre la situation de ces hommes, laissés à l’abandon par le gouvernement Sud Africain. Je suis impressionnée par le calme et la modestie lorsqu’ils me parlent des violences subies il y a moins de trente ans. Retour sur ce pays aux mille visages, qui malgré son potentiel énorme, reste très contrasté. 

24 ans après la fin de l’Apartheid, le constat reste le même ; malgré la présidence de Mandela au pouvoir, le chemin vers la liberté reste lointain. Les disparités entre une population très occidentalisée et celle rurale sont telles que les questions liées à l’éducation et aux opportunités économiques, subsistent toujours. Pour info, l’Afrique du Sud reste un des pays les moins avancés sur l’éducation avec toujours 80 % des collégiens qui ne savent pas lire. Aussi, alors que l’économie devrait répondre aux besoins de la population rurale et tenir compte du nombre élevé de personnes vivant dans la pauvreté la plus extrême, je vois bien que les opportunités économiques comme l’emploi, l’eau, les services de santé et les infrastructures restent très minimes dans les régions reculées du pays. 

Tous comme les différences climatiques d’un état à un autre, les écarts de niveaux de vie se creusent au fur et à mesure de ma traversée à travers le pays. Le passé a laissé des séquelles. Dans les villes, la cohabitation entre les noirs et les blancs m’interpelle. Pendant que les blancs travaillent dans de hauts buildings, les noirs mendient, font des boulots ingrats, se créent même du travail eux même pour gagner quelques rands. L’accessibilité au travail et à l’école est misérable dans les campagnes.  Sur le bord de la route, j’aperçois des Hommes, qui tous les jours à pied font des kilomètres pour aller travailler ou étudier.

Malgré tout, une petite population reprend le contrôle en construisant des structures syndicales et associatives pour aider les plus démunis. J’ai fait la rencontre de l’association Thanda, qui depuis 2008, lutte pour l’égalité des chances de tous ces hommes. Elle me raconte qu’elle est à l’initiative de nombreux projets éducatifs et artistiques, encourageant l’accompagnement d’une partie de la population rurale du KwaZulu-Natal (province côtière au sud est du pays). «Le développement de la créativité est un enjeu majeur pour nous». Thanda intervient pour ceux qui, du fait d’une surcharge en école publique, ne peuvent aller à l’école. L’éducation est bâtie sur des valeurs solides comme le respect mutuel, l’entente et l’empathie qui sont importantes d’enseigner à tous ces enfants. Ne serait-ce pas un premier « step » pour leur permettre un avenir plus paisible ?

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